26/07/2013
LA BOÎTE A LETTRES: Romain GARY "A CHRISTEL"
LA BOÎTE A LETTRES
Romain GARY
"A CHRISTEL"
(© Musée des Lettres et Manuscrits)
Nice 14 IV 38
Ma petite fille, douce, mauvaise, bonne, unique...
Je me sens si affreusement triste et seul, que ta lettre, au lieu de m'égayer, m'a fait presque mal, m'a rendu plus triste encore et j'ai envie de pleurer comme un idiot. Si seulement je pouvais savoir que tu es à moi, à moi seul, à moi, rien qu'à moi, des pieds à la tête, de tout ton corps que je vois, comme si tu étais là couchée prés de moi, comme si je le caressais encore, partout, fillette, partout, de mes lèvres, de mes dents, de mes doigts...
Christel, dix jours sont passés depuis que tu es partie et maintenant, peut-être, tu sais mieux tu vois mieux si vraiment tu es à moi, à moi seul, comprends-tu, si toi et moi, c'est vraiment ça ou si seulement, c'était autre chose...
Je sais que tu es égoïste et que tu m'aimes dans la mesure ou ça te fait plaisir, mais je voudrais savoir si c'est quelque chose de plus fort que toi, si tu peux, vraiment, tout quitter pour être à moi, ou s’il s’agit seulement de ce genre d’amour dérisoire et charmant auquel " il est agréable de céder de temps à autre" comme Goethe ne l’a pas écrit.
C'est très beau, Christel, le chocolat de luxe et avec moi, je le crains, il y aura fort peu de chocolat, fillette, et encore moins de luxe...
Christel, souviens-toi que les choses au monde que je respecte le plus sont l'honneur et la droiture, souviens toi que si je t'aime comme femme c'est aussi parce que je t'aime comme homme et qu'un de nos deux amours n'ira, jamais, pour moi, sans l'autre... Il est très difficile d'être un homme. Mais s'il y a quelque chose qui compte, dans la vie, s'il y a quelque chose de vraiment sacré, c'est ça : être un homme. C'est dans la mesure où tu le seras, où que tu t'efforceras de l'être (car c'est peut-être impossible) que tu seras toujours toute proche de, moi, même si des milliers de kilomètres nous séparent, c'est par cette volonté dure d'arriver à être un homme que tu seras toujours au sens le plus beau de ce mot, ma femme ...J'ai peur, Christel, que tu ne comprendras pas ces quelques mots qui ont pour moi une si grande importance. J'ai peur, aussi, que ces mots soient impossibles à comprendre, en ce moment, à Vienne...
Si je te les écris, c'est parce-que, désespérément, je cherche quelque chose qui pourrait te rapprocher de moi... Et rien, jamais, ni le mariage, ni l'amour ni les enfants ne te rapprocheront de moi plus que ça : l'effort d'être un homme. C'est par cet effort, par cette volonté dure, par cette aspiration à la dignité humaine, à la condition humaine, que ton sang, Christel, sera dans mon sang, ta pensée dans ma pensée, et ta main fillette, dans ma main. Il y a peut-être trop de grandes lettres, trop de majuscules, dans ce que je te dis là. Mais ce ne sont pas des grandes lettres, des grands mots : ce sont, de grands sentiments et il ne faut pas avoir honte. Et puis, nous sommes seuls, en ce moment, toi et moi, personne ne nous écoute, nous pouvons parler tranquillement. Il y a bien cette horrible musique... mais je te parlerai dans l'oreille... comme ça... Il faut vivre pour cela, Christel.
Il faut travailler, lutter pour cela. Il faut aimer pour cela. Je dis « aimer » et non pas « faire l'amour ». Je voudrais être cet amour et que cet amour pour moi t'aide dans l'effort. Mais peut-être trouveras-tu un autre homme, qui t'aide mieux, plus que moi. J'en serais heureux... quoique malheureux... En tout cas, Christel, n'oublie jamais cela : rejette loin de toi l'amour qui n'enrichit pas, qui ne t'aide pas à être, à devenir homme. Je serais tellement heureux si je pouvais t'aider ! Mais il faut d'abord voir clair en toi même. Ce que je te conseille la demande beaucoup, beaucoup plus de courage que tu ne le crois. Ça n'a rien à voir avec le plaisir, et presque rien avec le bonheur... en tout cas, pas pour les gens qui croient- les malheureux ! Que le bonheur, c'est seulement le maximum de plaisir. Le bonheur - mon bonheur- c'est un chemin très dur. Sur ce chemin, il n'y a pas Sachs, il n'y a pas Bincens, il n'y a pas Lilliebro - il n'y a personne. Il faut du courage pour marcher seule sur ce chemin là, mais je te propose de marcher à deux : avec moi. Je crois que tu seras capable, un jour, de marcher sur ce chemin. Je l'ai pensé, quand je t'ai vu marcher dans la montagne, pieds nus... te souviens-tu ? Dans quelques jours, je t'enverrai une photo : toi et moi sur ce chemin là... Oui... Ne t'étonne pas ! Il faut travailler, ma lointaine, il faut étudier, être seule, lutter, souffrir beaucoup, dans l'effort et mépriser les hommes qui envoient des chocolats de luxe... Mon Dieu, je suis bête. Je t'ennuie. Non, peut-être...je ne sais pas. Quelque fois, je doute, je pense que je ne serai pas entendu... tu es tellement blonde ! J'ai parlé beaucoup trop... et je n'ai pas envie de m'arrêter... j'ai envie de continuer... je suis un imbécile ! Mais un imbécile qui t'aime.
Romain
23:24 Publié dans GOUTTES d'ÂME | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : au magma present de l'ecriture, romain gary, christel, musée des lettres et manuscrits, nice, petite fille, doux, mauvais, bon, unique, se sentir, affreux, triste, esseulé, s'égayer, faire mal, rendre triste, envie de pleurer, idiot du village, pouvoir, savoir, pied, tête, corps, coucher, caresser, fillette, lèvres, dents, doigts, passer, partir, maintenir, comprendre, autre chose, égoïsme, aimer, mesurer, faire plaisir, plus fort que soi, tout quitter, amour, dérisoire, charmantagréable, céder, de temps à autre, goethe, écrire, chocolat, luxe
CHANSON BOUM! (Par Hélène HAZERA): MAMA BEA TEKIELSKI
Pour vous, accrocs de toujours, qui vous demandez ce qu'elle peut bien être devenue?
CHANSON BOUM!
(Par Hélène HAZERA)
MAMA BEA TEKIELSKI

Mama Béa © DR
Mama Béa a été une sorte de Janis Joplin française.Native d' Avignon et ancrée dans la région, elle a croisé la poésie de la rive gauche avec une musique qui devait beaucoup au blues et au rock. Elle a été, avec son amie Colette Magny (elle, en plus jazz) une des grande voix de ce qu'on appellait la "contestation" en s'accompagnant à la guitare, sèche ou électrique…Et puis les grands média ont peu à peu marginalisé sa révolte et sa puissance vocale, ses mots âpres... Les anthologies "mai 68" l'ont généralement gommée. Retrouvée en Avignon elle nous raconte un parcours... pas toujours facile.
17:10 Publié dans GOUTTES d'ÂME, MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : au magma present de l'ecriture, mama béa tékielski, chanson boum, hélène hazéra, sortir, janis joplin, à la française, natif, avignon, ancrer, région, croiser, poésie, rive gauche, musique, devoir, blues, rock, amitié, colette magny, jazz, grande voix, appeler, contestation, s'accompagner à la guitare, guitare acoustique, guitare électrique, grand média, marginaliser, révolte, puissance vocale, mots âpres, anthologie, généralité, gommer, retrouver, raconter son parcours, facile, facilité, the fuse, fabien boschetti
J'AI LA CRISE LES BANQUES ATTAQUENT LA GRAISSE « JE SUIS DE PLUS EN PLUS CLAIRE »
J'AI LA CRISE
LES BANQUES ATTAQUENT LA GRAISSE
« JE SUIS DE PLUS EN PLUS CLAIRE »
(5'45")
La fille des Trente Glorieuses s'est bien gavé, maintenant elle va devoir payer. La crise économique est désormais dans notre chair. Le politique touche à notre histoire intime. Ce texte a été écrit le 29 avril 2013 pour une lecture publique "Work in Progress" au restaurant africain le Pitch Me, Paris XI.
Enregistrement : 16 mai 13
Texte : Silvain Gire
Voix : Eric Elmosnino
Réalisation : Arnaud Forest
13:00 Publié dans GOUTTES d'ÂME, SONARTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : au magma present de l'ecriture, avoir, la crise, banque, attaquer, graisse, clarifier, silvain gire, fillette, trente glorieuses, gaver, devoir, payer, crise économique, chair, politique, toucher, histoire intime, texte, écriture, lecture publique, work in progress, restaurant, africain, pitch, parisiannisme, éric elmosnino, arnaud forest, emploi, boire, manger, faire la fête, aire de repos, terrain de jeu, affamé, ceci est mon cul, fini de rire, soubresaut, convulsif
POURQUOI ÉCRIT-ON CE QU'ON NE DIT PAS ?

POURQUOI ÉCRIT-ON CE QU'ON NE DIT PAS ?
Pourquoi écrit-on ce qu'on ne dit pas ?
Il faut être attentif à toutes les dissonances,
A toutes les cassures potentielles.
Ce sont elles qui constituent, inépuisables,
Les sources du désenchantement
Et contribuent à emmêler un peu plus encore
L'écheveau tumultueux de ce grand naufrage qu'est la vie.
Il serait inconsidéré,
Même par immense lassitude,
De banaliser le cheminement qui nous mène
Jusqu'au désastre final,
Jusqu'à l'inéluctable.
Qu'il est donc douloureux d'éprouver à ce point
Le sentiment trop présent de ce qui fuit,
De ce qui passe, de ce qui meurt !
Et vaine la tentative de calfatage
Des fissures sournoises de la vie.
Il faut pourtant bien s'attacher à sauvegarder l'essentiel.
Et crever un jour l'abcès obsédant du désespoir.
Celui de nos existences démontées.
Certes nos échecs sont criants, nos réussites sont invisibles,
Aussi invisibles que les ténèbres durant l'éclat du jour.
Alors, il s'agit d'entrer en dissidence,
Ne plus être du nombre des égarés.
Et s'obstiner à creuser un autre sillon
Pour aller encore d'étonnements en éblouissements.
Pour que la couleur de l'inquiétude
Se soumette enfin à celle de l'espoir.
Et l'on se mure dans un silence qui ne sert
Qu'à masquer nos angoisses.
Cela nous sert aussi à oublier le temps qui enterre nos rêves.
Car il y a tant d'autres choses derrière nos illusions
Que l'on ne dit pas !
Alors, on l'écrit...
P. MILIQUE
09:00 Publié dans GOUTTES d'ÂME | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : au magma present de l'ecriture, écrire, dire, attentif, dissonance, cassure, potentiel, constituer, inépuisable, siurcendésenchantement, contribuer, emmêler, écheveau, tumultueux, naufrage, inconsidéré, immensité, lassitude, banaliser, cheminement, mener, désastre, final, inéluctable, douloureux, éprouver, point, sentiment, présent, fuir, passer, mourir, vanité, tentative, calfatage, fissure, sournoise, vie, s'attacher, sauvegarder, esentiel, crever l'abçès, obséder, désespoir, démonter, écecs, criard, réussite, invisible, ténèbres
BEVERLY JO SCOTT PLANET JANIS SALLE NOUGARO TOULOUSE
BEVERLY JO SCOTT
PLANET JANIS
SALLE NOUGARO
TOULOUSE
LE 16 NOVEMBRE 2010
Cette Américano-Belge est une perle. Une voix somptueuse, un feeling à frissons, un groove monstrueux quand il le faut....
Elle aime à collaborer (à partager rectifie-t-elle) avec d'autres artistes, et elle ne manque pas de le faire lorsque l'occasion lui parle (ARNO, Paul PERSONNE, Elliott MURPHY ou bien encore MATMATAH) bref, si toi aussi tu aime les sonorités Blues, Rock, Country, Gospel ou autres, c'est pour toi!
05:39 Publié dans MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : au magma present de l'ecriture, beverly jo scott, musique, tock, blues, gospel, contry, on dirait le sud, nino ferrer, cahors, américain, belge, perle, voix somptueuse, feeling, frisson, groove monstrueux, collaborer, partager, en avoir l'occasion, arno, paul personn, elliott murphy, matmatah, sonorité, maniérer, hygiène, conflit, canaliser, défaite, traverser, dépanner, enregistrer, ça plane pour moi, plastic bertrand, mellissmell, larmoyant, allons enfants, dans la gueule du loup, le bijou, philippe pagès, otis redding, mercedes benz, melissmel, lmanquer de souffle, tell mama, planet janis, noblesse, valeur, règlement de compte;francis lalanne


